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Link et Nunc 30 - Autisme, Leçons cliniques

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Ce Samedi 15 Juin 2013 se tint à Grenoble la journée « Autisme, leçons cliniques », organisée par l’Association de la Cause Freudienne Rhône-Alpes, suite de celle qui eut lieu le 29 Septembre. Pierre Forestier, psychanalyste et délégué régional de l’ACF RA, prit appui sur Lacan et son Allocution sur les psychoses de l’enfant pour introduire la leçon que nous donne l’enfant autiste. En effet, Lacan nous dit que si l’enfant autiste se bouche les oreilles, c’est bien qu’il est déjà dans le langage et non dans un temps qui serait pré-verbal, « puisque du verbe, il se protège ». Si la première journée croisa des discours pluridisciplinaires, afin d’éclairer la complexité de l’autisme, la seconde mit l’accent sur la clinique. Chaque intervenant témoigna ainsi de la manière dont la psychanalyse d’orientation lacanienne a permis d’entendre, ce que, à sa manière bien singulière, chaque sujet autiste a à nous dire.

La Journée du 29 Septembre donna lieu à un ouvrage collectif, dirigé par Délia Steinmann, psychanalyste, témoignant ainsi qu’il est possible de sortir de l’impasse d’un axe imaginaire qui ferait penser que l’un détient la vérité sur l’autisme au détriment de l’autre. Différents discours se sont croisés, et rejoins dans cet ouvrage, donnant ainsi le ton d’une pacification propre à faire avancer le débat. Délia Steinmann a ouvert cette journée avec la présentation du livre, rassemblant les interventions en deux parties : « où » et « quand », à savoir l’autisme dans le temps, puis des lieux pensés pour ces sujets. Les réponses rapides données par les différents professionnels qu’elle a sollicités pour intervenir le 29 Septembre, ainsi que l’accueil favorable de l’éditrice témoignèrent de l’enthousiasme et de l’engagement de chacun concernant la question de l’autisme. La référence faite à la conclusion de Lacan dans Je parle aux murs, fit le pari de l’écho qui aura fait résonner en chacun ce que Lacan a formulé comme « la réson d’être ». En témoigne notamment la présence à cette journée de Graciéla Chester, membre de l’EOL de Buenos Aires.

La matinée fut consacrée à la pratique individuelle.

L’après-midi se déroula sous l’égide de la clinique en institution. François-Xavier Fénérol, psychanalyste, intervint sur l’analyse de la pratique et la supervision, qui permettent de tirer des leçons à partir de l’expérience. Il s’agit d’un certain traitement du « ça ne va pas », qui permet aux praticiens de mettre au travail l’insupportable de leur pratique, opérant ici un passage du regard à l’écoute. Chaque sujet autiste interroge les ajustements nécessaires des professionnels entre eux, mais aussi le quotidien avec eux.

Dans un second temps, François-Xavier Fénérol nous fit part de sa réflexion au sujet du 3ème plan sur l’autisme, qui témoigne d’un glissement du gouvernement, à la gouvernance. Ce plan sur l’autisme nous indiquerait plusieurs points. Grâce à la science, on saurait ce qu’est l’autisme. Grâce à l’expertise, on saurait ce que l’on doit faire (évaluation précoce, former chacun aux dites méthodes pertinentes). Puisqu’il existerait un défaut de communication, il faudrait donc rétablir une communication performante.

Si la rigueur d’application est évaluée, le contenu, lui, ne l’est pas. François-Xavier Fénérol en conclut donc, que c’est la position de soumission des praticiens qui est évaluée. Ainsi, en se référant à Michel Foucault qui indique qu’ « au vieux droit de faire mourir ou de laisser vivre » se substitue « le pouvoir de faire vivre ou de rejeter dans la mort », ce plan témoigne du désir des politiques de faire vivre les méthodes comportementales et de rejeter dans la mort la psychanalyse.

Mariana Alba de Luna, psychanalyste (membre de l’ACF IDF), nous invita à considérer qu’il n’y a pas un sujet autiste en général, mais des autistes, chacun singulier. Elle nous orienta sur la créativité de ces sujets, face à un Autre trop réel qui le ravage. Elle déclina ainsi trois positions possibles d’un sujet autiste face au langage : les sonneurs, les verbeux et les constructeurs. Elle nous présenta trois vignettes cliniques afin d’éclairer son propos.

Pour conclure, Mariana de Alba nous fit une présentation de l’association La main à l’oreille, dont elle est la trésorière. Même si cette association représente « un grain de sable », chaque membre se trouve très engagé à faire entendre la voix du sujet autiste, mais aussi sa créativité. Ainsi, l’association a réalisé une exposition avec les œuvres de certains sujets, qui porte le nom de « singulières résonnances ».

Cette journée suscita de nombreuses discussions entre des participants venus de différents horizons, y compris des parents d’enfants autistes.

Si le plan autisme cherche à promouvoir l’un pour supprimer l’autre, ce ne fut pas du tout le ton que cette journée fit entendre. Aucune manifestation ne fit valoir la polémique autour de l’autisme ni entendre sa voix dans l’hygiaphone, laissant à chacun la possibilité de dire de la bonne manière, de là où la question de l’autisme  fait résonner en lui la corde sensible.

 

Maï Linh Masset