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Echo de la soirée cinéma du 12/10/2015 à Villefranche

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L’ombre des femmes à Villefranche 

 (ciné débat à villefranche sur Saône le lundi 12 octobre 15)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour parodier Le Cid, nous pourrions dire : « nous partîmes 5 (et quelques autres) mais, par un prompt renfort nous nous vîmes 150 en arrivant au port » : La salle de cinéma était comble, une dizaine de personnes a dû faire demi-tour.

150 participants étaient là pour regarder le film de Philippe Garrel « L’ombre des femmes » et ensuite suivre attentivement et activement le débat animé par Jacques Borie.

 

150 personnes : nous n’en revenions pas, nous nous disions : «  s’il y a 50 personnes, ça serait pas mal pour une première à Villefranche » ; il faut dire que les membres du cartel ne se sont pas ménagés afin d’activer leurs réseaux.

A l’issue du film, Jacques Borie a initié la discussion en faisant ressortir de façon lumineuse - mais aussi de façon très accessible pour un public pas nécessairement initié aux choses de la psychanalyse - ce qui se trame dans ce film très subtil et très enseignant : Je ne ferai pas un compte rendu exhaustif de tout ce qui a été dit, j’évoquerai ce qui m’a le plus touchée, intéressée.

Tout d’abord, Jacques Borie aime le cinéma, il a apprécié ce film et cela s’entend dans ses commentaires : il a d’abord souligné le parti pris technique du réalisateur, Philippe Garrel, qui a tourné son film en 35 mm et qui n’a pas multiplié les prises : 2 ou 3 prises au maximum, film en noir et blanc, quasi absence de décors, de dialogues ; « ce parti pris minimaliste produit un effet de vérité saisissant : il fait mouche par le fait même du peu d’artifices ». L’artiste précède le psychanalyste, rappelle Jacques Borie, et ce film en est encore une preuve.

Très frappant aussi est le parallèle qu’il nous invite à faire entre ce film et le cas Dora des Cinq psychanalyses de Freud : quatre protagonistes et entre eux circulent désir, fantasmes et objets.

Quand Elisabeth – la maitresse pas très bien traitée par Pierre, son amant – apprend que Manon,  la femme de Pierre, a elle-même un amant et bien, nous dit la voix off « inexplicablement Elisabeth se sent salie par ce qu’elle vient d’apprendre ».

Inexplicablement en effet, car on aurait pu penser qu’Elisabeth aurait eu motif à se réjouir de ce que sa rivale soit diminuée aux yeux de Pierre, et bien non. Bien sûr, nous pensons à Dora qui gifle Monsieur K. quand celui-ci lui dit « ma femme n’est rien pour moi ». Elisabeth comme Dora nous rappellent que ce qu’une femme cherche au travers d’un homme c’est aussi une réponse à la question « qu’est ce qu’une femme » et c’est ainsi qu’on comprend la réaction d’Elisabeth : la femme de Pierre n’est plus la femme idéalisée.

« L’ombre des femmes » est un film très freudien où l’on retrouve chez l’homme ce ravalement de la vie amoureuse avec d’un côté la motion tendre et de l’autre la motion sensuelle : Pierre aime Manon et il désire Elisabeth – ce que souligne la voix off : il aime son corps –

Jacques Borie a souligné également dans ce film l’opposition ombre/lumière : Pierre du côté de l’ombre et les femmes du côté de la lumière : le désir, les projets, la vie sont portés par les personnages féminins. Pierre, l’homme, n’est pas très bien traité par le réalisateur : enfermé qu’il est  dans « sa logique de propriétaire, dans une certaine bêtise phallique ».

La discussion avec le public a  – en particulier – porté sur la fin du film : happy end ou retour vers la répétition ? Est-ce que quelque chose va pouvoir changer ? Manon a des projets qui lui permettront peut-être de renoncer à être toute la femme-mère  de Pierre, de son côté Pierre semble consentir à une perte : il  avoue que Manon lui a beaucoup manqué et il peut alors se montrer plus vivant, mais est-ce que ce moment de retrouvailles  constitue un vrai changement ?

Finalement ce film atemporel, qui propose une modalité de faire couple classique : le couple marié et les relations adultérines, ouvre sur des questions très actuelles, questions d’une époque post-moderne où le Nom du Père ne tient plus : la jouissance phallique montre ses limites et c’est sur l’Autre jouissance, la jouissance féminine qu’il faut compter pour réinventer le couple. Ce dont témoignent les dernières statistiques des inscriptions aux journées  d’automne : 81% des inscrits sont des femmes ! Je vais conclure sur cette question qui s’est posée lors de nos échanges off « que vont faire les hommes ? N’est-ce pas à leur tour d’inventer quelque chose ? ». 

 

 


 

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