Article


Le sujet n'a pas d'âge. Echo de la matinée ACF-RA à Trévoux, le 17/10/15

  Imprimer
   

Le sujet n’a pas d’âge. Le désir de faire couple non plus

Echos d'une matinée «  faire couple » à Trévoux

Samedi 17 octobre 2015, une matinée ACF-RA s’est déroulée à l’hôpital de Trévoux non loin de Lyon, sur le thème : «  Le sujet n’a pas d’âge. Le désir de faire couple non plus ». Christine Guillet-Cuénot, Jocelyne Huguet- Manoukian, Aurélie Desme, Christelle Decorme, Françoise Husson et Jean-Marc Tapin, professeur des Universités ont animé les échanges suscités  par les questions qui se posent dans les pratiques  de soins auprès des personnes de grand âge.

Le public nombreux, plus de cinquante personnes, dont des spécialistes en gériatrie, a participé de cette matinée, formidable. Aurélie Desme et Christelle Decorme, psychologues,  ont dégagé de leur pratique, respectueuse, discrète et mais bien vivante, les liaisons inconscientes qui font tenir le couple après 60 années de mariage : « le grand âge et ses avatars n’empêchent en rien la poursuite de l’expression des états désirants, ils ne sont pas un frein à vouloir encore faire couple, maintenir le lien, et le réinventer ».

Christelle Decorme nous introduit, entre autres exemples, à « l’élan passionnel  » d’Albert veuf de 90 ans, déterminé à se marier avec Adèle. Il veut une femme toute à lui, mais la maladie contagieuse d’Adèle l’obligera pour un temps à un éloignement : l'effet en sera ravageant. Albert devient confus. Les petites conversations avec Christelle, feront point de capiton à une jouissance jamais régulée, même en maison de retraite. Albert lui confiera  alors que son mariage s’est construit sur un malentendu : il est tombé amoureux des lettres  que sa future épouse lui écrivait pendant son service militaire. Il partage alors avec elle un secret gardé jusque-là, la femme épousée n’était pas  l’auteur des lettres !

Retenons également cette autre situation : l’hospitalisation en secteur psychiatrique d’une épouse  devenue très agitée amène son conjoint à parler de son couple : comment va-t-il faire si elle ne le reconnait plus, avec qui pourrait-il évoquer leurs souvenirs et leur vie commune ? Jamais  séparés en 58 ans de mariage,  cet « être ensemble »  détermine  leur couple: «  je suis la tête elle est les jambes », un être un «  indivisible ». L’effort de parole ne se fait pas sans la trouvaille de la formule.

Aurélie Desme présentera monsieur B âgé de 80 ans. Son épouse souffre d’une maladie dégénérative, il est devenu son soignant, l’homme à tout faire, le bouc émissaire. Leur vie commune est un enfer. S’il accepte le placement de son épouse, il viendra parler régulièrement avec Aurélie, «  elle est ma compagne, elle seule sait encore ce que nous avons vécu ensemble ». Lorsque leur histoire, dont il est le seul à connaître les méandres, se perd,  le passé peut prendre à nouveau consistance dans un dire adressé au présent.

Jean Marc Tapin professeur des universités a questionné les représentations du désir chez les personnes âgées à partir de deux premiers tomes de la BD, les Vieux fourneaux, de la série Downton Abbey et du film Youth, de Paolo Sorrentino. Avec beaucoup d’humour, il a décliné les aléas du « retour de flamme », la prise de risque d’aimer sur le tard,  entre crainte de rompre un équilibre et  désir de se sentir vivant en  «  aimant-désirant » et en étant « aimé–désiré ».

Cette matinée se termine par un débat avec la salle dont nous gardons une question : Comment comprendre la ressemblance des comportements des personnes d’un grand âge avec ceux des adolescents ? Gageons qu’il convient de le saisir comme un symptôme !

 

Jocelyne Lereculeur et Jocelyne Huguet Manoukian