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A Rio, Les rythmes de fondement ?

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Parmi les résonnances, les sons et rythmes qui ont traversé le congrès de l’AMP sur le corps parlant à Rio, retenons ceux des cérémonies du Candomblé évoqués grâce à l’interview de José Miguel Visnik. Dans ces  cultes religieux où la transe et la possession sont centrales,  le corps parle la langue de l’Autre divin. Métissages des hommes, syncrétismes des dieux et métamorphoses du corps sont mis en scène dans ce qui apparaît comme une danse chantée susceptible de rendre compte de l’événement inouï de la transe et de la possession.

 

Ici le corps est par essence pluriel. Pluralité hétérogène où se nouent pendant le temps rythmé du rituel, celui des humains à celui des saints ou des esprits qui viennent les prendre. Le corps, lieu de passage entre le  monde humain et le monde surnaturel témoigne,  dans un dialogue rythmique sans égal, de son rapport à  l’altérité  sous les signifiants sacrés des orixas et des voduns. La transe se transforme en possession chantée et dansée ! Gageons que les adeptes y apprennent à parler ce qui avec les tambours, cloches et autres instruments s’apparente à une langue où prédominent les sonorités rythmiques. Une  langue en charge de « l’au delà » du signifiant et de la signification, bien que soutenue d’un discours culturel. Ici la musique n’est pas sans les secousses incoercibles des corps, échos répétés de de ce qui est  dedans et «  hors ». Les rapports entre musique et possessions sont si compliqués qu’ils sont le lieu de nombreux travaux de  chercheurs en ethnologie et ethnomusicologie. Or s’ils nous apprennent qu’il y a des chants et des formules rythmiques dit « de fondement », autrement dit déclencheurs de la possession, ils enseignent également que cette dernière peut advenir sans aucun agent inducteur. Le corps du sujet est, dans ce cas, interprété après coup comme possédé à partir des spasmes, soubresauts, paroles incongrues et autres secousses qui l’agitent. Voilà une façon de dire ces bris de sons et de sens, rythmes de fondement énigmatiques qui n’agitent que les parlêtres !