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Echos du Ciné-Débat à Annecy: Orpheline d'Arnaud Des Pallières

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Par Sonia Vachon

Le 4 mai, l’ACF Rhône-Alpes (Annecy) a organisé une soirée débat, cinéma et psychanalyse, autour du film d’Arnaud Des Pallières : « Orpheline » et animée par Béatriz Premazzi, psychanalyste, membre de l’Asreep-NLS. Cette soirée s’inscrit dans le thème des journées de la New Lacanian School : Autour de l’inconscient.

Orpheline … comment parler de ce film ? Dès les premières images, nous sommes saisis par le parti pris d’Arnaud Des Pallières de filmer les corps, les visages au plus près, sans voile, à l’état brut. Le spectateur est capté par la force et la violence du langage des corps mis en lumière.

Orpheline pose le parcours d’une femme, interprétée par quatre comédiennes, soulignant la métamorphose du personnage. Au gré des époques, la protagoniste change de prénoms : « Kiki » pour l’enfant, « Karine » pour l’adolescente, « Sandra » pour la jeune adulte, « Renée » pour la femme trentenaire.  Un drame marque l’enfant qu’elle a été : la mort de deux camarades lors d’une partie de cache-cache. Ce « traumatisme » de la perte, elle en portera la marque, silencieuse. Puis survient, la disparition de sa mère, qui part et abandonne sa fille. La musique y est quasiment absente, accentuant ainsi la brutalité du film, le poids des corps.

L’histoire s’organise comme un compte à rebours, le spectateur est dans un premier temps perdu, il doit reconstruire le parcours du personnage.

Béatriz Premazzi soulignera, dès le début que le personnage de ce film très charnel, est « une fille perdue ». Elle se présente comme une « orpheline » des mots, qui ne pourra trouver un Autre qui accueille sa parole. L’analyste relève qu’elle répète ce qu’on ne lui a pas donné. Une absence de paroles, un agir permanent : la fugue, le passage à l’acte, la fuite se répètent et  rythmeront le parcours du personnage.

Maï Linh Masset pointe que dans ce drame de l’enfance, s’origine peut être la faute de ne pas avoir vu, ne pas avoir trouvé ses copains lors de cette partie de cache-cache (moment fort où seul le regard de la fillette témoigne du fait, qu’elle comprend, après coup, où étaient cachés les enfants). Cette faute conduit le personnage à se punir en se faisant payer le prix fort (elle se fait l’objet de jouissance de l’Autre, en particulier des hommes). L’analyste reprendra ce point du côté de : comment arrêter cette fuite du corps ? La prison semble alors se présenter comme un point d’arrêt et particulièrement comme une mise à l’abri d’elle même.

Orpheline est un film qui ne laisse pas indifférent, il cloue le spectateur à son fauteuil. Alors que la lumière se faisait dans la salle et que le débat avec Béatriz Premazzi s’engageait, la salle restait sans voix, puis les mots ont pris place.