Echo CERA

  • Journée du CERA du 12 mars 2022

    Nous avons pu assister en visioconférence à un formidable moment d’échanges entre intervenants et discutants, réunis dans l’intimité du local de l’ECF, pour cette deuxième journée du CERA : Clinique et politique de l’autisme, le 12 mars. Le programme était dense et faisait résonner les enjeux d’une clinique « fondamentale ». La clinique a pour effet de mettre l’autiste dans le langage. Comment ne pas abraser ce « statut naissant du sujet », dans la neurodiversité chère à notre époque ? La question a toute son importance puisque Lacan nous l’enseigne : ce qui se déroule dans l’inconscient dépend de l’Autre. « L’inconscient, c’est la politique » (1). L’inconscient, toujours à venir, est en prise avec le lien social, avec la marque de la langue sur le corps. Au « déficit » nous voyons se substituer le signifiant « différence ». Cette nomination plus contemporaine répond à toutes sortes de revendications communautaires et donne existence à un sujet de droit. Le prix à payer est la disparition du sujet, de l’inconscient.

    Ce signifiant « différence » a été mis au travail pendant cette journée, d’abord avec le livre de J-C Maleval La différence autistique. J-A Miller fait remarquer dans la préface de ce livre combien ce signifiant « différence » employé par J-C Maleval « pactise » de manière subtile avec les signifiants de l’époque pour faire entendre un autre versant de la différence. Cette différence pour la psychanalyse, comme le démontre la passe, est une différence absolue, sans égal. Cette question a traversé les échanges en leur donnant un accent de recherche. Comment cerner dans le langage, le réel de cette clinique qui échappe à toute revendication communautaire ? C’est le fil que nous avons suivi dans les différentes interventions. L’indication de Lacan dans la Conférence à Genève sur le symptôme (2), concernant les autistes, « personnages plutôt verbeux » s’est éclairée pour moi dans le fil de la conversation. L’autiste témoigne d’un langage qui ne sert pas à la communication. Comment entendre ce langage ? Pouvons-nous nous repérer sans en passer par le concept de « structure » ? J-A Miller précise dans l’introduction au livre de J-C Maleval, « une structure se caractérise d’être un schème signifiant fixe et invariable, tandis que le spectre est une représentation ordonnant une variation graduée ». Qu’en est-il aussi du gel des signifiants ? Ne s’agit-il pas plutôt, interroge E. Laurent, du gel du vivant comme conséquence de la forclusion du S1?

    Avec la clinique nous avons suivi comment l’autiste, chaque Un, à sa façon, trouve appui dans la langue. Chaque cas démontre une trajectoire singulière, cela a particulièrement résonné pour moi dans un des cas, où avec le traitement de la matière sonore par le rythme, un son a pu se détacher. Un « signifiant spécial » s’est extrait et a fait « évènement de corps ». Le trou a pu se transformer en marque, pas sans l’appui du partenaire analyste avec lequel cette lettre a pu se lire. Cette voie de la lettre n’est pas un appel à un S2. Eric Laurent a indiqué que ce « glissement-répétition », cette marque permet l’élaboration d’un langage. Il a souligné l’importance des phénomènes de « bord » dans l’autisme largement mis en évidence par J-C Maleval, pour y ajouter aussi l’importance des « circuits ». Ces mouvements renvoient à une « topologie qui n’est pas de frontière, entre le corps et le monde, mais à une topologie de littoral, entre le corps et la jouissance ».

    Beaucoup de questions passionnantes sont restées bien sûr en suspens dans la conclusion de cette journée qui a permis de témoigner, c’est ce que j’ai entendu, que l’acte de parole toujours singulier est toujours arrachement au réel.

    Par Anne-Marie Meiser

     

        1. Lacan .J, Le Séminaire, livre XIV, La logique du fantasme, inédit, leçon du 10 mai 67.

         2. Lacan .J, « Conférence de Genève sur le symptôme », La cause du désir, N°95, avril 2017, p. 7-24.