Marie-Anne Thomasset-Kraft: Sur le Cours de Jacques-Alain Miller: L'Être et l'Un

  • Jacques Alain Miller nous amène, dans son cours, « l’Etre et l’Un », à ce point qui nous a plongé dans une certaine perplexité : le fantasme fondamental. Le fantasme, nous l’avons parcouru via Freud, puis Lacan. Pourquoi y ajouter ce signifiant « fondamental » ?

     

    Le fondamental renvoie à ce qui est le fondement, la constance d’une formule qui, en elle-même, regroupe des éléments hétérogènes : le « S barré poinçon a » se fait nouage entre imaginaire, symbolique et réel, il soutient l’existence du sujet dans son mode d’être au monde. Ce fantasme, on ne l’attrape pas comme cela, il ne se laisse pas si facilement serré. Il ne se déchiffre pas, il s’approche. Il s’approche par les symptômes, les nombreux symptômes qui constellent la vie d’un sujet, et dont l’analysant fait le pari qu’il peut en déjouer la logique signifiante. Le sujet en analyse suppose un savoir à ses symptômes, un savoir sur la jouissance qui l’anime et le parasite. Avec patience, après ce long effeuillage signifiant, l’analysant perçoit la constance de la figure du réel qui ne se grime plus de l’apparat du symptôme pour jouir. L’objet a apparait, aux manettes depuis si longtemps, et alors le fantasme fondamental se présente à l’analysant, comme réduction, simple réduction d’un sujet articulé à une jouissance à laquelle il s’est agrippé comme garantie et vecteur d’un lien à l’autre.

     

    Si le fantasme est une version du désir, s’il consiste d’une jouissance engagée dans le lien à l’autre, une fois l’objet a cerné, il se fracture. Le sujet se retrouve alors face à la jouissance Une, ce réel auquel il ne peut plus donner aucune version, puisqu’il les sait désuètes. L’histoire ne fait plus vérité, elle se révèle fiction, la responsabilité de l’un ou l’autre ne suffit plus. Le sujet, de cette jouissance, de ce « Un » de la jouissance, il en a plein les bras. Il n’y a pas de mots pour la dire, elle n’est que constat. Ce moment confine à la désorientation, au désespoir. L’objet a ne motorise plus le lieu du désir, la version du lien à l’autre. Le fantasme fondamental, comme solution de jouissance qui se paie de son prix de souffrance, se fissure. Le désir a alors une chance de ne plus payer le prix de la jouissance, et de se définir autrement, si l’analyste se fait le support d’un x, qui permet à l’analysant par cette question, toujours la meme, « Che vuoi ? », de donner une réponse, sa réponse. Alors, seulement, le sujet a une chance que le désir décidé motorise son être, l’autorise. Pour que la jouissance se taise, ne se fasse plus véhicule, et laisse la place au désir, qui m’autorise.

     

     

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