Sandra Héroux: Sur le cours de Jacques-Alain Miller L'Être et l'Un - 2 -

  • Jacques-Alain Miller au début de son texte intitulé « l’un est lettre » publié dans LCD n°107, propose de nous amuser, il énonce : « Il s’agit de vous faire comprendre quelque chose, et on comprend seulement là où on prend plaisir. Ce que je vais dire m'amuse. J’espère qu’il en sera de même pour vous. »( Page 15) Je me suis saisie de cette proposition de Jacques-Alain Miller et je me suis amusée à lire, dans ce texte, certaines occurrences de l'Autre et l'Un en remplaçant l’Autre par la femme et l’Un par l’homme/ LOM. Ce qui a produit des choses assez étonnantes, ainsi page 16:

     

    « L’Autre n’existe pas veut dire exactement que l’Un existe. C’est une autre façon de dire Yad’lun ». « Quel est cet Un qui existe alors que l’Autre n’existe pas ? C’est l’Un du signifiant. »

     

    Ainsi nous pouvons lire : La femme n’existe pas veut dire exactement que l’homme/LOM existe. C’est une autre façon de dire yad’lLOM/homme. Quel est ce LOM qui existe alors que la femme n’existe pas ? Nous pourrions dire que c’est le signifiant phallique, seul référent dans l’inconscient.

    Anaëlle Lebovits-Quenehen dans son son argument pour les grandes assises de l’AMP intitulé : « Si la femme n'existe pas, les hommes sont-ils des femmes comme les autres ? », récuse cette proposition s'appuyant sur Jacques-Alain Miller qui fait de la jouissance féminine le régime de la jouissance comme telle, puisqu'en effet les hommes sont eux aussi concernés par cette jouissance hors sens .

     

    « L’Autre n’existe pas, cela ne signifie pas que l’Autre n’est pas. L’Autre est–e.s.t, Et non pas h.a.i.t., Ça c’est l’Autre méchant (qui peut d’ailleurs l'être). En tant que tel, l’Autre n’est pas du tout soustrait à l'être. Au contraire, on ne comprend rien à ce concept merveilleux forgé par Lacan du grand Autre, sans saisir qu’il s’inscrit au niveau de l’être, à distinguer du niveau de l’existence. Impossible de s’y retrouver sans distinguer l’être et l’existence ».

     

    Ainsi, remplaçons l'Autre par la femme : La femme n'existe pas, cela ne signifie pas que la femme n'est pas. La femme est, et non pas h.a.i.t., quoi que souvent on la diffame ! En tant que telle la femme n'est pas du tout soustraite à l'être.

     

    Anaëlle Lebovits-Quenehen nous indique qu' : « Il semble plus facile de dire ce que n'est pas le féminin que ce qu'il est ».Le féminin ne procède pas de la jouissance phallique et n'est pas un semblant. Le féminin relève d'une jouissance hors sens, illimitée, indicible. « Le féminin désigne bien plutôt le réel d'une jouissance qui existe sans pouvoir être portée au compte d'une quelconque essence ». Il n'y a pas de définition, d'essence de la femme, « c'est que les femmes, en ce point où le féminin les habite, ne coïncident pas avec elles-mêmes (…) chacune des femmes existantes témoignent davantage de sa différence que d'une quelconque participation à la féminité ». La féminité d'une femme pourrait se décliner de diverses manières dans le registre de l'être mais cela ne renvoie pas à l'existant. L'être déborde de beaucoup l'existence. Jacques Alain Miller nous indique que « Pour Lacan, il est impossible de parler sans déterminer un être, des êtres, de l'être, (…) vous devez faire intervenir la logique pour savoir si ça existe ou non et distinguer ce qui est par le fait de dits et ce qui existe pour de vrai. (…) Une femme peut être magnifique, à deux têtes, sirène etc … « quelque soit la splendeur de la description, puisqu’on peut parfaitement décrire ce qui n’existe pas. (…) la description et le nom indique bien l'essence d’un être, mais n’assure d’aucune existence ». La femme n'existe pas mais par contre ce qui existe c'est la jouissance féminine, la jouissance comme telle qui concerne les êtres parlants.